La Pauline de Dahouët
Lors de mon dernier passage dans le charmant petit port de Dahouët, je suis tombé amoureux de cette reproduction du Lougre La Pauline. Je tenais à mettre sur mon site quelques clichés.
Historique
En septembre 1989 un groupe de jeunes de retour des fêtes de Paimpol, travaillés par l'envie de présenter leur Dahouët au concours des bateaux des côtes de France, rencontrèrent un ami autour d'un canot en reconstruction. Il leur suggère un lougre tel qu'il les avait remarqués sur les cartes postales du début du siècle. C'est que une goélette, un dundee, un trois-mâts terre-neuvas, comme ceux qui fréquentaient le port à l'époque représenteraient des projets trop ambitieux pour une commune de 3600 habitants. Les quelques cotres qui ont pris leur place après la guerre 14-18 manquent de caractère et ne sont pas du cru. Par contre la huitaine de lougres flambarts et la douzaine de gros canots de même gréement ont un intérêt évident, tant par leur originalité que par leur esthétique. Deux bateaux surtout sont bien représentés dans les documents, deux pilotes. Le St Sébastien construit en 1882 à la Landriais dans la Rance, pour Sébastien Bertrand, blanc à fond noir.
On lui préfèrera Pauline, le lougre de son gendre Hippolyte Guinard parce que la belle Pauline a profité de l'esthétique de la construction paimpolaise de 1900 et semble avoir disposé de qualités nautiques plus évidentes (confirmés par les pleubiannais "ur vag vrao ken a oa, koulennou brao dezhi; un bien joli bateau avec de beaux dessous).
De plus sa période plus récente permet de retrouver plus facilement des documents et surtout des témoins encore vivants. L'ancre peinte sur la grand-voile, la coque noire avec liston blanc (marques de pilote) permettent son repérage facile parmi les bateaux blancs de Dahouët. Seule dans notre micro monde marin à cette époque.
Que d'émotions nous a causés ses photos. Mais malgré sa couleur identique et des caractères convergents celle-ci est une bisquine : elle a une voûte quoique très courte et porte sa grand-voile à tribord.
Nous n'avons pas eu les plans pour reconstruire Pauline en cadeau du ciel. On t’ils existé ou la belle chaloupe a-t-elle été construite sur demi coque? Vu le niveau technique du chantier il est probable qu'elle ait été construite sur plans. Mais la Maison Bonne crée en 1899 à Kérity ( à l'extérieur de Paimpol pour des raisons commerciales) a disparu en 1922. Il n'a pas été possible de retrouver de plan chez les héritiers d'Emile Bonne. (C'est que beaucoup d'eau a coulé sous notre Pont-neuf depuis). Pauline est l'un des dix sept bocqs et gabarre; construits chez Bonne en 1901 à côté de dix neuf goélettes et dundees. La surprise sera de trouver tant aux Affaires Maritimes qu'à la Douane, Pauline décrite comme cotre, à un mât, ce que contredisent les photos. Ou bien les documents de routine du chantier l'ont fait classer comme un bok paimpolais ou bien ce ne serait plus tard que le père Polite l'aurait regréé en lougre. Ce qui serait peu vraisemblable car elle a un plan de pont de lougre. Surprise encore de trouver les mesures officielles plus réduites même que sur les documents photo. Celles-ci ne sont pas prises aux mêmes endroits. De plus en 1881;Jeune Julia; mesure 7,05 m avec 3,58 tonneaux à Dahouët, en 1884 au Légué elle mesure 7,96 avec 4,18 tonneaux.
Le service historique de la marine à Brest
On doit à l'administration mise en place dès la fin du XVII siècle pour gérer les classes puis l'inscription maritime, de disposer d'archives d'un exceptionnel intérêt pour l'histoire maritime, économique et sociale. Le fait que l'administration de la marine marchande ait constitué, jusqu'en 1913, une direction du ministère de la marine, explique et justifie la présence de la majeure partie d'entre elles dans les collections gérées par le Service Historique de la Marine à Brest.
Les archives de la douane
Les archives anciennes de la douane des Côtes d'Armor sont gardées aux Archives Départementales. Les dossiers de navires sont rangés dans le groupe 5P, 124 à 142 pour la capitainerie du Légué. Malheureusement la liste incomplète, démarre en 1815 et s’arrête en 1895. Il ne reste ensuite qu’une quinzaine de dossiers isolés. Il est pour le moment impossible de savoir si les autres sont partis avec les compagnons d’Emmaüs, ont brûlé dans l’incendie de St Malo ou ont trouvé refuge dans les archives de la région.
Le dossier de notre chère Pauline est pour le moment introuvable. Il a cependant été possible d'avoir une copie de la pièce principale, l'acte de Francisation. Ayant su par le registre d'immatriculation que Pauline avait été vendue en novembre 1919 en l'étude de maître Quérec et que les notaires faisaient recopier scrupuleusement ces actes, nous avons obtenu de l'obligeance de son successeur, maître Guichaoua, notaire à Pleubian, un double du document.
Le journal de Pleneuf
La célébrité de cette feuille de chou locale n'a pas dépassé le canton et encore peu de gens savent qu'entre 1900 et 1914, notre commune ait eu droit à son journal. Evidemment ce n'était qu'un décalque du journal de Lamballe, lui même inspiré de celui de 8t Brieuc. Mais quand même on avait des détails sur tous les crimes horribles commis dans la région, passage de vagabonds suspects, vols de lard, vols de cidre où le coupable laissait le robinet ouvert, chiens errants qu'on ne savait pas encore écraser.
Il y a quand même des nouvelles de départs et de retours de morutiers, des bénédictions de navires en partance pour les bancs, des accidents à l'entrée de Dahouët, naufrages.
Archives photographiques
La recherche de documents photographiques dans les organismes officiels est assez décevante.
Heureusement que nombre d'amateurs ont de belles collections de cartes postales et acceptent de les communiquer. Retrouver les documents des photographes qui ont constitué ces séries dans les premiers temps de la station touristique du ValAndré serait encore mieux, ainsi que visionner les clichés sur plaques qui dorment dans certains greniers. De temps en temps en feuilletant les albums de famille le chercheur tenace découvre une photo inédite qui a échappé aux nettoyeurs de tiroirs.
La photographie en principe est un document fiable, insensible aux erreurs et confusions des humains. Sauf quand il y a erreur d'attribution ou tromperie caractérisée.
C'est le cas de la carte postale Waron 4064 qui présente une chaloupe de Honfleur comme bateau de pêche de la baie de St Brieuc et du Val-André. L'étude de détail de ces documents a permis une reconstitution très précise du gréement, des espars, de la voilure et du plan de pont des flambarts de Dahouët. Retrouver dans l'espace les volumes d'une coque est plus malaisé: il faut l'arbitrage de l'architecte car chacun a tendance à apporter une interprétation personnelle.
Curriculum vitae de Pauline
QUARTIER DE SAINT-BRIEUC
- Construction en 1901 à Kérity Paimpol.
- Mise à l'eau le 4 juillet 1901.
- Immatriculation au quartier de St Brieuc le 15 juillet 1901.
- Attachée au port de Dahouët par soumission du 3 juillet 1901 pour Hippolyte Guinard domicilié à Dahouët en Pléneuf.
- Premier brevet de Francisation à Pléneuf le 23 juillet 1901.
- Acte de Francisation du 24 août 1901.
- Suite à visite du 15 juillet, rôles au pilotage en mer du 15 juillet 1901 au 8 février 1910.
- En 1903 procès verbal pour chalutage en zone réservée.
- En mars 1906 sauvetage de deux naufragés sur les Platières (Lemonnier d' Hillion et de son matelot)
- Vente le 8 février 1910 à Jean et Julien Pellois d'Erquy.
- Rôles au bornage l'été et petite pêche l'hiver du 9 février 1910 au 22 mai 1914 sous la direction de Jean Pellois matelot patron. Limites du bornage:NE: 3 milles au N de Granville.NW: Perros-Guirec.
QUARTIER DE TREGUIER
- Vente à Lamandé Eugène, domicilié à Pleubian, le 6 septembre 1916 sous seing privé; enregistrée à Lamballe le 22 mai 1917.
- Immatriculation au quartier de Tréguier le 25 mai 1917.
- Rôles au bornage du 15 juin 1917 au 16 juin 1919. Limites du bornage E: St-Malo, St Servan, Dinan W: Morlaix, Roscoff, St Pol de Léon.
- Le patron Lamandé Eugène est déposé malade à terre le 3 octobre 1918 et meurt le 4. Lamandé Théophile en sursis pour la petite pêche assure l'intérim.
- Vente par la veuve Lamandé à Le Tallec Joseph de Pleubian le 25 novembre 1919 en l'étude de maître Querrec à Pleubian pour la somme de 150 francs comptant.
- Attachée à Tréguier par soumission du 10 décembre 1919.
- Rôles au bornage, patron Le Tallec, en 1919, 1920, 1921 et 1923.
- Vente à la société anonyme FABJP, 13 av de l'Opéra Paris (traitement du goémon)
- Rôles au bornage en 1923, 1924 et 1926, 1927 avec le patron Le Meur Pierre, intérim Le Moullec Pierre.
- Cessation d'activité de l'usine d'algues de Larmor-Pleubian en 1931. Pauline est mise au plain.
- Entre 1928 et 1933 Pauline est reprise par des goémoniers de la rivière quot (le Trieux) et fait naufrage près de l'île Maudez.
| COQUE | |
|---|---|
| Longueur de coque hors tout: | 9 m 48 |
| Longueur à la flottaison: | 8 m 80 |
| Longueur portant sur la grève: | 7 m 80 |
| Longueur du bout-dehors au bout du gui: | 16 m 30 |
| Hauteur maximum des mâts au dessus de la flottaison: | 12 m 70 |
| Largeur au plus fort: | 3 m 45 |
| Calant d'eau: | 1 m 80 |
| Creux sur râblure: | 1 m 80 |
| Hauteur sous barrots de pont: | 1 m 20 |
| Maille des couples: | 0 m 33 |
| Nombre de membrures (franches simples) | 26 |
| Déplacement: | 11 t |
| Lest (plomb et rail du petit train Départemental) | 3 t 5 |
| Surface mouillée: | 35 m2 |
| ESPARS | |
| Grand mat pied en tête: | 13 m 70 |
| Grand mât au dessus du pont: | 12 m 00 |
| Diamètre au plus fort: | 0.21 |
| (Sous capelage): | 0.18 |
| Mât de misaine pied en tête: | 10 m 40 |
| Mât de misaine au dessus du pont: | 8 m 40 |
| Diamètre au plus fort: | 0.185 |
| (Sous capelage): | 0.165 |
| Bâton de foc hors l'étrave: | 5 m 80 |
| Relevage du bâton de foc: à suivre la tonture: | |
| GREEMENT DE LOUGRE FLAMBART | |
| Surface totale de toile: | 94.7 m2 |
| Dont : Misaine: | 30.3 m2 |
| Grand voile: | 37.3 m2 |
| Grand foc: | 16.3 m2 |
| Petit foc: | 11.2 m2 |
| Flèche: | 10.8 m2 |
| Tourmentin: | 5.8 m2 |
Rayée des registres le 27 mars 1933.

