PREAMBULE
Route maritime
Au départ de France, les vaisseaux s'appliquaient à doubler d'assez prés le cap Finisterre, puis allaient reconnaître les Açores ou les Canaries pour vérifier leur longitude et s'engageaient au plus vite dans la zone des alizés qui les menaient très aisément jusque vers l'Équateur ; ensuite ils gagnaient au Sud le plus rapidement possible nonobstant les calmes équatoriaux, mais évitaient de se rapprocher de l'Afrique, par crainte des courants qui auraient pu les entraîner vers le Gabon et parce qu'ils y auraient rencontré la mousson côtière du Sud. Ils cinglaient droit vers le Sud, bien à l'Ouest de Sainte-Hélène, pour franchir la zone des alizés du S. E., ils trouvaient, vers le tropique du Capricorne, les vents variables, le plus souvent d'Ouest, qui leur permettaient de doubler facilement le cap de Bonne-Espérance ; ils allaient toujours le reconnaître pour s'assurer de leur longitude et entre le 30° et le 40° S. cette navigation était facilitée par le courant traversier qui porte à l'Est, à partir du 22° ou 25° O. jusqu'au 7°ou 8 ° O. (d'Après Mannevillette).
Cette navigation était réglée, pour le moment du départ, par la nécessité de profiter, dans l'Océan Indien, de la mousson du S-O. jusqu'à l'arrivée dans l'Inde. Aussi à partir du Cap, la carte de 1711 porte deux routes : pour les vaisseaux partis en janvier, celle du canal de Mozambique ou route ordinaire, la plus fréquentée au XVII° siècle ; elle passait par les Comores, puis longeait la côte d'Afrique (ou le courant portait en effet vers le N. E. pendant la mousson du S.O.) ; on gagnait ainsi facilement la zone de cette mousson qui, soufflant régulièrement avec temps clair, menait les navires soit directement à la côte de Malabar, soit par le Nord des Maldives, au cap Comorin, et, par le Sud de Ceylan, à la côte de Coromandel et au Bengale. Quant aux vaisseaux partis de France seulement en avril, ils prenaient généralement la grande route, aussi représentée sur la carte de 1714 : elle passe bien au Sud de Madagascar (où l'on utilisait les vents généraux d'Ouest), puis à Bourbon, gagne dans l'Est jusqu'à la longitude du cap Comorin où elle se redresse vers le Nord et la côte de Coromandel (grâce aux alizés du S. E. puis, au-delà de l'Équateur à la mousson du S. 0. (d'Après Mannevillette).
La navigation de retour était réglée par deux nécessités essentielles : 1° se servir de la mousson du N. E. pour quitter l'Inde ; 2° doubler le Cap en bonne saison. Aussi le départ devait-il se faire en janvier, tant de Surate que du Bengale: ou de Pondichéry, pour profiter du vent, du courant favorables et de la belle saison (d'octobre à fin février). La carte de 1714 indique, pour ce voyage, le même trajet que la grande route de l'aller, par Bourbon: sortis de la zone de la mousson du N. E., les vaisseaux gagnaient, après la région de calmes équatoriaux, celle de: l'alizé du S. E. jusqu'au-delà de cette île. Il s'agissait d'arriver au Cap avant la mauvaise saison, c'est-à-dire avant juin, car si les vents généraux d'Ouest permettaient toujours de le doubler facilement en venant de l'Atlantique, la force de ces vents, de juin et même du 15 mai à fin août (vents provoqués par l'anticyclone d'hiver sur l'Afrique australe, saison des coups de vent et du mauvais temps), rendait ce même passage très pénible et incertain en sens inverse ; au contraire jusqu'en mai les vents, soufflant généralement du S. E. (à cause du cyclone d'été sur la même région), permettaient aux navires de gagner sans peine; ni retard l'Océan Atlantique. Du Cap, les alizés du S. E. les conduisaient rapidement jusqu'à l'Équateur ; la route de la carte de 1714 passe près de Sainte-Hélène et de l'Ascension utiles à reconnaître, puis à l'Ouest des iles du Cap-Vert, par les Açores et aboutit à la Corogne où, depuis l'alliance franco-espagnole, on pouvait se rafraîchir et se renseigner avant d'arriver aux côtes de France. Telles étaient les routes habituellement suivies par les vaisseaux, surtout depuis 1698 : ceux qui étaient destinés à Pondichéry et Bengale partaient alors en janvier ou février (sauf retard contraire aux instructions) ; ceux qui étaient armés pour Surate, mettaient régulièrement à la voile en avril. Repartis de l'Inde au début de l'année, les uns et les autres revenaient en France en juillet où août.
En quelles terres pouvaient-ils donc trouver, au cours de ces longues navigations, les relâches indispensables ? Dans l'Océan Atlantique, ce ne pouvait être ni au Brésil, ni sur la côte d'Afrique ; de celle-ci les écartait la crainte des courants et des vents contraires du Sud, et, du Brésil, le retard inévitable qu'entraînait cette escale: l'exemple désastreux de l'expédition Montdevergue en 1666 la fit abandonner pour toujours, au moins pour le voyage d'aller. Or il fallait, pour que la première relâche fût vraiment utile qu'elle ne fut pas trop près de France, car, dans ce dernier cas, les vaisseaux n'auraient pas eu encore besoin de grands secours et l'on risquait de perdre, par quelque retard, la mousson de S. O. dans l'Océan Indien. De là le peu d'importance des escales des Canaries et même des îles du Cap-Vert : les premières étaient d'ailleurs espagnoles et par conséquent souvent interdites par la guerre, les secondes, portugaises, n'étaient guère utiles que pour y prendre de l'eau et un peu de vivres frais ; de même les relâches de Gorée ou du Cap-Vert. C'est ce qui explique au contraire, l'importance de celle du Cap, où les vaisseaux, parvenus à plus de la moitié de leur navigation, avaient besoin de renouveler leurs provisions et de remettre leurs malades ; de plus il leur était indispensable de le reconnaître pour vérifier leur longitude et pour choisir, suivant la saison, entre le canal de Mozambique et la grande route. Aussi le cap de Bonne-Espérance était alors la relâche la plus parfaite sur la route de l'Inde ; de là la persistance des ambitions des français sur cette partie de l'Afrique et la prédilection de leurs marins pour cette escale, en temps de paix.
Aujourd'hui (1908), au contraire, les Instructions nautiques conseillent de le doubler très au Sud, vers le 40° S., et de ne pas remonter vers le Nord avant d'avoir atteint le 28° ou 30° E. pour profiter des courants et vents favorables (Océan Indien, Instructions générales). Mais au XVII° siècle, en dehors de la nécessité de la relâche pour les vaisseaux et les équipages, l'imperfection des instruments nautiques rendait indispensable la vérification, par la vue de la terre, de la latitude et surtout de la longitude. En dehors du Cap, s'offrait celle de Madagascar, qui sera la première choisie et dont les conditions naturelles étaient en effet favorables puisque, de là, on pouvait facilement, en mousson du Sud, remonter le canal de Mozambique. Enfin, tant que cette route fut préférée, les Mascareignes ne pouvaient offrir qu'une relâche de valeur secondaire : elles étaient trop à l'Est, en dehors de la route ordinaire ; de plus, elles étaient très loin d'Europe. Au contraire les vaisseaux pouvaient trouver de grands avantages à s'y arrêter dans leur navigation de retour. Pour celle-ci, la côte occidentale de l'Afrique australe pouvait aussi fournir d'excellentes escales, puisqu'on y parvenait après avoir doublé le Cap ; de même Sainte-Hélène que l'on rencontrait presque nécessairement sur son chemin. Telles étaient les régions où les Français pouvaient tenter de créer des établissements de relâche sur la route de l'Inde : les seules vraiment dignes d'attirer leur attention et leurs efforts étaient les côtes de l'Afrique du Sud et les îles situées à l'entrée de l'Océan Indien. Or les meilleurs ports, Sainte-Hélène, le Cap et Maurice, étaient déjà occupés par les Anglais ou les Hollandais : le problème n'était donc pas de solution facile.
- Histoires extraordinaires de L'Ile Bourbon - Enis Omar ROCKEL - Azalée Editions.
- MEMOIRE Pour servir à la connoissance particulière de chacun des habitants de l'Isle de Bourbon - Antoine BOUCHER - Collection Mascarin.
- Dictionnaire des 500 premiers Réunionnais. Sous le signe de la tortue – Albert Lougnon.
- Vingt-et-un jours d'histoire - Daniel Vaxelaire
- Dictionnaire généalogique des familles de l'île Bourbon 1665/1810 - Camille Ricquebourg.
- Les origines de l'Ile Bourbon - Guët Isidore - (1828).
- Histoire de la Grande Isle de Madagascar - Flacourt (1661).
- Histoire d'une chrétienté - Jean Barassin.
- Les premiers colons de l'île Bourbon - Rosset.
- L'histoire de la Réunion - Volume 1 des origines à 1848 - Daniel Vaxelaire.
- Saint-Joseph - Charles Payet.
- Les Mascareignes et la France - Revue historique des Mascareignes.
- L'épopée des cinq cents premiers Réunionnais - Dictionnaire du peuplement 1663~1713 - J. Bénard et B. Monge.
- Histoire des établissements religieux de Bourbon au temps de la Compagnie des Indes 1664-1767 - Jean Barassin.
- Les cimetières de la Réunion - Prosper Eve.
- Archives Départementales de la Réunion - Bibliothèque Départementale.

