ELECTRIFICATION DES CANONNIERES TYPE A
Note relative à l’éclairage électrique de la canonnière cuirassée de 1ere classe l'ACHERON en date du 26 octobre 1887.
1 PORT DE CHERBOURG
Direction des Constructions navales
Nom de l'auteur : Mr de FRESCHEVILLE, Ingénieur de la Marine,
Au moment où l’éclairage électrique tend à se généraliser sur les bâtiments de la flotte, même sur ceux qui ont déjà fait campagne et possèdent les installations nécessaires pour l’éclairage à huile, nous avons pensé qu’il convenait d’étudier pour « Achéron » un projet d’éclairage électrique. Si ce projet était approuvé ont pourrait faire l’installation avant l’armement du bâtiment et expérimenter d’une manière suivie les appareils électrique pendant toute la durée des essais. Sur le plan ci-joint, l’électricité est fournie par deux machines dynamos placées dans des locaux distincts et distribuée par cinq circuits dans des conditions semblables à celles qui viennent d’être approuvées pour le croiseur « Surcouf ».
Les cinq circuits sont :
- le circuit de jour comprenant 29 lampes de 10 bougies,
- le circuit de nuit comprenant 51 lampes de 10 bougies,
- le circuit de mer et de combat comprenant 27 lampes de 10 bougies,
- le circuit des projecteurs comprenant 2 projecteurs de 1600 becs,
- le circuit des feux de route et de signaux comprenant 17 lampes de 30 bougies.
Les circuits peuvent être allumés indistinctement et indépendamment les uns des autres pour chacune des dynamos ; chacun d’un comprend un fil bâbord et un fil tribord aussi éloigné que possible l’un de l’autre, dans les machines ou on a évité de les faire passer au-dessus des cylindres, afin de ne pas les exposés à une chaleur trop forte et ou ils se trouvent de part et d’autre de la cloison centrale, l’un d’eux est placé prés du vaigre, l’autre sous le pont blindé ; partout ailleurs les fils sont sous le pont blindé près de la tôle pare-éclats. Les fils bâbord et tribord d’un même circuit peuvent être reliés entre eux en divers point par des commutateurs et chacun d’eux a une section suffisante pour alimenter le nombre total des lampes qui sont sur le circuit de manière que toutes les lampes du circuit fonctionnent encore si un des fils est coupé. De plus, des commutateurs permettent de relier entre eux les divers circuits de manière à suppléer, au moins dans une certaine mesure, aux uns part les autres en cas d’avaries. Le pont blindé passant sous la flottaison dans le cas ou certains compartiments de la cale seraient remplis d’eau, tous les fils portent au passage des cloisons étanche et de chaque coté des cloisons un coupe circuit avec commutateur. Le commutateur sera ouvert en temps habituel et ne se fermera que s’il y a lieu après fusion du coupe circuit. Chaque lampe est munie d’un commutateur. Les extrémités de la passerelle étant occupées par des canons à tir rapide, on ne peut pas y placer les projecteurs. Si on les plaçait plus près de l’axe et fixés, il arriverait que dans la plupart des directions les masques des canons feraient écrans et arrêteraient la lumière ; en les plaçant sur une passerelle supérieure, on leur donnerait trop de hauteur au dessus de la flottaison. La meilleure solution semble être de les placer comme l’indique le plan ci-joint, c’est à dire sur la passerelle courant sur des chemins de fer longitudinaux qui permettent de faire varier leur position suivant le point à éclairer de manière que les masques ne fassent jamais écran.
Les dynamos, au moins celle de l’arrière, ne devront pas avoir en projection horizontale un encombrement supérieur à 0.90 mètre x 1.85 mètre avec une hauteur de maximum de 1.70 mètre ; pour celle de l’avant placée dans un compartiment moins encombré et plus élevé que celui du servomoteur, ces dimensions pourraient être légèrement dépassées, surtout en hauteur. Pour actionner simultanément toutes les lampes, les projecteurs et les feux de signaux, il faudrait au maximum 195 ampères. Une dynamo fonctionnant à la pression de 6 kg, pression des chaudières de l’Achéron, et ayant les dimensions indiquées plus haut, ne suffirait probablement pas à produire cette quantité d’électricité, mais on pourrait limiter à 160 ampères celle à fournir par la machine arrière, ce qui, en réservant 90 ampères pour les projecteurs et 33 pour les 17 feux de route et signaux de 30 bougies, laisserait 37 ampères disponibles, quantité suffisante pour la totalité des lampes de 10 bougies placées sur les circuits de jour et de mer. Seul le circuit de nuit dont l’importance est secondaire, serait supprimé si la dynamo avant venait à manquer. Les deux dynamos se feraient donc recharge.
En résumé, nous proposons de fixer comme suit les conditions que devra remplir l'installation de l'éclairage électrique sur l'Achéron :
L'électricité sera fournie par deux dynamos actionnées chacune par un moteur fonctionnant avec 6 kilos de pression et échappement à l'air libre, avec une allure modérée (environ 350 tours).
Auprès de chaque dynamo sera un tableau de distribution auquel aboutiront dix fils formant cinq circuits dont chacun comprend un fil tribord et un fil bâbord, et avoir :
- Circuit de jour comprenant 29 lampes de 10 bougies soit 19 ampères,
- Circuit de nuit comprenant 51 lampes de 10 bougies soit 33 ampères,
- Circuit de mer et combat comprenant 27 lampes de 10 bougies soit 18 ampères,
- Circuit des projecteurs comprenant 2 projecteurs soit 90 à 100 ampères,
- Circuit de route et de signaux comprenant 17 lampes de 30 bougies soit 33 ampères,
Soit un total de : 193 à 203 ampères.
La section de chaque fil sera suffisante pour desservir toutes les lampes du circuit auquel il appartient. Des commutateurs indiqués sur le plan ci-annexé permettent de relier entre eux les divers fils. La dynamos arrière pourra alimenter simultanément 2 projecteurs de 1600 becs et 100 lampes de 10 bougies, son encombrement ne dépassera pas 0.90 m x 1.85 m en projection horizontale et 1.70 m en projection verticale, celle de l'avant pourra alimenter simultanément 2 projecteurs de 1600 becs et 158 lampes de 10 bougies ; son encombrement sera au maximum de 1 m x 2.10 m avec une hauteur de 2.20 m. Ces dynamos seront pourvues des systèmes les plus perfectionnés ayant pour but de rendre la force électromotrice indépendante du nombre de lampes allumées. L'installation des circuits et des lampes sera conforme dans ses dispositions essentielles au plan ci-annexé. La marine se réserve la faculté de n'arrêter définitivement qu'à bord l'emplacement des fils et des lampes.
Cherbourg le 26 Octobre 1887,
Le S. Ingénieur de la Marine,
FRESCHEVILLE
Nota : Par analogie avec ce qui vient d'être décidé pour le "Surcouf", on jugera sans doute à propos de ne délivrer au bâtiment ni huile ni fanaux, mais seulement de la bougie en cas d'avarie des dynamos.
Avis de l'ingénieur chef de section
L'installation de la canalisation d'électricité proposée par Mr de Frescheville pour l'Achéron est bien entendue et présente des garanties pour la continuation du fonctionnement de l'éclairage en cas d'avarie dans un ou plusieurs conducteurs.
La position donnée aux projecteurs sur la passerelle près des canons à tir rapide de 47 mm parait présenter des inconvénients et bien qu'il soit toujours regrettable d'élever les projecteurs il semble que dans le cas présent il y aurait bien de le faire, soit sur une passerelle, soit sur une plate forme au dessus des canons de 47 mm.
L'ingénieur de la Marine Finot, Chef de la 2e Section,
Avis du Directeur des Constructions navales.
L'ensemble des dispositions proposées me parait satisfaisant ; la distribution de l'électricité aux foyer lumineux des différentes parties du bâtiment est conçue dans le même ordre d'idées que sur le Surcouf, dans le but d'assurer de fonctionnement de l'éclairage électrique même dans le cas d'avaries dans un ou plusieurs conducteurs. En ce qui concerne l'emplacement des dynamos, je trouve que la dynamo de rechange devrait être enlevée de la chambre de la barre où être installée à l'avant ; onpourrait la placer par le travers des appareils hydrauliques, dans une niche pratiquée dans le magasin général ;celui-ci est assez spacieux pour pouvoir subir cette réduction et, du reste, il pourrait être agrandi vers l'avant aux dépend de la soute du maître canonnier. De cette façon, la dynamo de rechange pourrait être absolument du même type que la dynamo de service.
Je pense, comme Mr l' Ingénieur Finot, que les projecteurs ne peuvent pas être installés sur la passerelle : il parait indispensable de les établir sur une plateforme élevée au-dessus des postes de ces canons.
Cherbourg le 26 octobre 1887.
Le Directeur des Constructions navales,
F. Korn
Petit rappel
La candela (symbole cd, du mot latin qui signifie « chandelle ») est l'une des sept unités de base du Système international. Elle sert à mesurer l'intensité lumineuse ou éclat perçu par l'œil humain d'une source lumineuse. Elle a remplacé l'ancienne unité d'intensité lumineuse, la bougie qui était égale à 1,018 cd.
Note au sujet des ensembles électriques proposés pour l’ « ACHERON ».
Direction Centrale des Constructions Navales Technique. Administratif.
Dépêche Ministérielle du 14 Mai 1909.
Par dépêche Ministérielle en date du 14 Mai 1909, le Port de Brest a été invité à faire connaitre si les groupes électrogènes proposés pour l’ »Achéron » étaient susceptibles d’être démontés et passés par les panneaux de cette canonnière. Les groupes peuvent être démontés en deux parties ayant leurs bâtis complètement isolés et ayant comme encombrement :
| Dynamo | |
| longueur | 0 m 900 |
| largeur | 1 m 250 |
| hauteur | 0 m 900 |
| Moteur | longueur | 1 m 200 |
| largeur | 1 m 100 |
| hauteur | 1 m 750 |
La dynamo passe donc facilement dans le panneau dont le plan nous a été communiqué (1 m 220 x 1 m 030) ; le moteur passerait peut-être trop juste, mais il serait facile de désemparer le volant et l’arbre ce qui réduirait l’encombrement horizontal de la machine à 1 m x 1 m environ et permettrait par suites son passage dans le panneau. En résumé les groupes séparés en deux parties et désemparés de leur volant pourront passer dans les panneaux de 1 m 030 x 1 m 220.
Brest le 29 Mai 1909.
L’Ingénieur de la Marine.
Signé : Paufite

