Note relative aux plaques de blindage des Canonnières de 1ère classe « Achéron, Cocyte, Phlégéton, Styx »
Dépêche ministérielle du 8 Décembre 1882
DESCRIPTIF DE LA CANONNIERE
1 DESCRIPTIF
Nous avons décrit précédemment les caractéristiques générales de l’Achéron et de ses congénères, nous aborderons maintenant dans le détail les caractéristiques constructives de ces canonnières et de certains de leurs équipements. On trouvera également ci dessous le tableau reprenant les dimensions générales de la coque. Cette description technique, assez rébarbative il faut bien l’admettre, est néanmoins d’un intérêt considérable car elle donne des indications très précieuses sur la justification et les dispositions de bien des éléments et permet ainsi de mieux comprendre le fonctionnement ou la raison d’être même de certains appareils.
1.1 DIMENSIONS PRINCIPALES
| Description | Dimension |
|---|---|
| Longueur entre perpendiculaires depuis le contour extrême de l’étrave a la flottaison jusqu’a l'axe du gouvernail | 53,400m (57,000m) |
| Longueur a la flottaison en charge | 55,173m (58,800m) |
| Longueur hors tout | 55,593m (59,220m) |
| Profondeur de la carène au milieu | 3,500m |
| Tirant d’eau Avant | 3,600m (3,760m) |
| Tirant d’eau Arrière | 3,600m (3,830m) |
| Tirant d’eau Moyen | 3,600m (3,795m) |
| Hauteur de batterie des gaillards | 2,990m |
| Hauteur du grand mat | 16,000m (17,900m) |
| Déplacement en charge | 1639,051 tx (1900 tx) |
| Largeur extérieure de la carène au fort situe a 1,200 m au-dessous de la flottaison | 12,302m (12,320m) |
| Hauteur a l’avant au-dessus de la flottaison du livet du pont le plus élevé | 2,600 m |
Les valeurs entre parenthèses se rapportent aux Styx et Phlégéton qui, comme nous l’avons déjà signalé, avaient une coque légèrement agrandie.
1.2 STRUCTURE DE LA COQUE
Cloison étanche (Archives de Vincennes) - Rivetage de la coque (D.Joron)
La dépêche ministérielle du 26 mai 18831 (approvisionnement généraux et constructions navales) communique au port de Cherbourg une dépêche adressée le même jour à Monsieur le Directeur des Forges de la Chaussade et concernant les aciers destinés à la fabrication des rivets qui seront employés pour les quatre canonnières type « Achéron ». D’après cette dépêche, le diamètre des rivets devrait être celui qui est fixé par Monsieur l’ingénieur GODRON pour les rivets en fer sur tôle d’acier (Mémorial du Génie Maritime – 1882 – 2ème livraison).
... Le devis des échantillons du 28 octobre 1882 prescrivait au contraire d’appliquer les règles relatives en fer des tôles en fer. En présence de ces deux indications contradictoires, le port de Cherbourg aurait besoin de savoir laquelle doit être suivie. Les renseignements que nous avons fournis à l’usine de la Chaussade relativement aux quantités des rivets de chaque diamètre qui seront nécessaires, supposent que les règles du rivetage en fer sur tôles en fer seront appliquées. Cette manière de procéder, conforme au devis des échantillons, parait justifiée par cette considération que la matière destinée aux rivets, si elle a une résistance de 40 kg au millimètre carré, avec un allongement de 26%, se rapprochera autant de l’acier employé dans la construction que du fer. Enfin les faibles dimensions des cornières s’opposeraient en bien des cas à une augmentation du diamètre des rivets et les recouvrements des tôles de bordé prévue par le devis ne serait plus suffisants, si l’on voulait appliquer les règles de Monsieur l’Ingénieur Godron relatives au rivetage en fer sur tôles d’acier.
Cherbourg le 31 Mai 1883
Le Sous Ingénieur de la Marine
Signé DE FRESCHEVILLE
... Vu, en exprimant l’avis qu’il y a lieu d’établir le diamètre des rivets d’après les règles données par Monsieur Godron pour les rivets en fer sur tôles de fer, ainsi que cela avait été spécifié dans le devis d’échantillons du 28 Octobre 1882. Il est essentiel que nous soyons fixés à ce sujet dans le plus bref délai, pour nous permettre d’adresser à Guérigny nos commandes définitives de rivets (dont le calibre dépend de la solution qui sera adoptée). Le travail des canonnières de 1ere classe est poussé activement, et il pourrait être arrêté si les rivets n’arrivaient pas au port en temps utile. Il est même indispensable sous ce rapport qu’une décision soit prise au sujet de la totalité des rivets à commander pour les canonnières, car les 30.000 kg pour lesquels il è été donné autorisation de traiter de gré à gré représentent seulement un peu plus du poids de rivets nécessaires pour une canonnière, et il nous parait que ces 30.000 kg devrait être employés exclusivement à une seule canonnière. Comme dans cette première période de la construction il y a un très grand intérêt économique à mener parallèlement les 4 bâtiments, il est à désirer que nous soyons fixés de suite au sujet des rivets à commander pour les trois dernières canonnières.
Signé L’Ingénieur chef
La structure de l’Achéron était on ne peut plus classique pour l’époque. Construite dans le système dit « cellulaire » elle était constituée sur une notable longueur d’une double coque en acier doux. Les tôles du vaigre et des cloisons de la cale étaient zinguées. En dessous de la ceinture cuirassée, la charpente de la carène comporte 13 lisses et des couples espacés de 1,20m. Seules la lisse centrale et les lisses n° 4 de chaque bord sont continues; la première constitue avec ses galbords supérieur et inférieur une quille interne. Les couples étanches sont au nombre de 11 répartis régulièrement sur la longueur, et 8 de ceux-ci correspondent à des cloisons étanches (voir photo Cloison étanche). La double coque s’étend entre les couples 6 et 28; à cet endroit, le vaigre s’élève jusqu’à l’entremise placée entre les membrures sous cuirasse. A l’avant, la lisse centrale se relève contre l’étrave avec laquelle elle est assemblée; elle monte jusqu’au plafond du pont blindé et va buter contre le premier barrot de l’avant. A l’arrière, elle vient buter contre le couple n° 37 et son bord arrière est fixé par deux cornières à une tôle intercostale qui forme le plan mixte de l’extrême arrière.
Structure de la coque.© Cliché Musée national de la Marine.
Les pièces d’étrave et d’étambot sont en acier forgé. En se rapprochant des extrémités, comme les lisses se rapprochent également l’une de l’autre, on les a interrompues au couple voisin du point ou leur distance à la lisse placée au-dessus devenait inférieure à 0,60 m. Les tubes des arbres d’hélices sont formés de deux épaisseurs de tôle de 8 mm avec couvre-joints intérieurs à deux rangs de rivets. Sous la ceinture cuirassée, la membrure est formée de barres en I de 250x130x11 espacées de 0,60 m. Le bordé extérieur est à clins alternés; il comprend de chaque bord, sans compter les deux galbords, 7 virures dont l’épaisseur est de 10 mm. La virure contiguë au blindage est de 11 mm. Ces épaisseurs sont conservées sur toute la longueur du navire. A l’avant, sur une longueur de 4,00 m environ à partir de l’étrave, le bordé est doublé de manière à avoir une épaisseur totale de 20 mm. A l’aplomb de la position ou le bossoir est perpendiculaire au livet du pont, c’est à dire 6,90 m environ sur l’arrière de l’étrave, les clins sont remplis pour éviter que les pattes de l’ancre ne s’y accrochent. Sous la ceinture cuirassée, le bordé est formé de deux épaisseurs de tôle de 10 mm chacune. Il existe dans la cale une cloison longitudinale de chaque bord à 3,15 m du plan diamétral entre les couples 10 et 28; ces deux cloisons, comme les transversales correspondant aux couples 3,6,10,17,20,28,35 et 41, sont formées de tôles de 5 mm. Aux couples 17 et 24, il existe de chaque bord, entre les cloisons longitudinales et la muraille, une cloison étanche partielle qui sépare en deux chacun des compartiments latéraux. Une cloison longitudinale supplémentaire se situe dans le plan diamétral entre les couples étanches 10 et 28.
Pour la facilité du service, cette cloison est percée d’ouvertures de communication dans chacun des trois compartiments de la cale qu’elle divise; deux portes étanches, une de chaque bord, garnissent chacune de ces ouvertures. Le seuillet de ces ouvertures est a 0,50 m du plancher et les portes sont munies d’un système de fermeture automatique de telle manière qu’elles se ferment d’elles-mêmes si une voie d’eau vient à se produire dans le compartiment qu’elles isolent. Nous ignorons à l’heure actuelle la méthode utilisée pour rendre ainsi automatique la fermeture des portes étanches, et nous ignorons même si ce système fut effectivement installe sur ces canonnières. Les barrots du pont blindé sont formés de barres en I de 250x130x11. Ils sont recouverts de trois couches de tôles formant à la fois plafond et blindage et d’une épaisseur totale de 50 mm. Sous les barrots est appliquée une tôle pare-éclats de 5 mm dans tout l’espace compris entre les couples 10 et 28 et les cloisons longitudinales. Dans le compartiment compris entre les couples étanches 35 et 41, là où le vaigre n’existe plus, il est établi une plate forme de cale étanche de 5 mm à 1,85 m au-dessous des barrots du pont blindé. Cette plate-forme est supportée par des barrots en cornières de 70x70x8, espacés de 1,20 m.
1.3 CUIRASSE DE CEINTURE
La cuirasse de ceinture est installée contre un matelas en tek de 24 cm d’épaisseur qui est établi par virures horizontales. La photo du Foudroyant futur Courbet ci-dessous, vous donne une idée de l'épaisseur du matelas de teck sur lequel était fixé la cuirasse, et celle du Bouvet la mise en place de plaque de blindage. La tenue sur le double bordé se fait par des boulons en acier de 24 mm de diamètre, à tête circulaire plate très large. Le filetage des boulons et de leurs écrous est trempé et les têtes de boulon sont noyées dans le bois jusqu’a mi-épaisseur de celui-ci et recouvertes de tampons en tek. La cuirasse de ceinture est du système mixte ou « compound » de 20 cm d’épaisseur et en une seule virure.

Pose de plaques de blindage sur le Bouvet (Musée de la Marine)
La hauteur des plaques est de 1,707 m à l’avant, 1,400 au milieu et 0,740 à l’arrière ; la largeur est de 1,10 m environ, sur deux files disposées à 25 cm des bords. Les plaques sont fixées à la muraille au moyen de boulons mis par l’intérieur du navire et vissés dans la face postérieure des plaques. Ces boulons ont 50 mm de diamètre et sont placés à 60 cm environ.

Matelas de teck sur lequel sera fixée la cuirasse du Foudroyant futur Courbet
Note relative aux plaques de blindage des Canonnières de 1ère classe « Achéron, Cocyte, Phlégéton, Styx »
Dépêche ministérielle du 8 Décembre 1882
Le plan joint à cette note indique la distribution, le nombre, les dimensions et le poids des plaques de cuirasse destinés aux canonnières type « Achéron ». L’ensemble a été divisé en deux lots, dont le premier comprend la ceinture et le second tout le reste du blindage. Le tracé relatif à la ceinture a été obtenu en développant une feuille de papier appliquée sur un modèle au 15/1000 ; c’est ce qui explique la forme contournée sous laquelle sont représentés les joints et les arêtes inférieures et supérieures de l’AR ; la plaque de l’extrême AR passe d’un bord à l’autre ; la plaque voisine de chaque bord est la seule qui ait des formes vraiment tourmentées ; aussi a-t-on réduit sa longueur à 3,04 m.
On s’est assuré par un certain nombre de coupes faites dans cette partie, normalement au can inférieur, qu’on pourrait sans difficulté faire un bon rivetage du bordé de carène et bordé sous cuirasse avec la cornière qui les réunit. Le plan a été établi en se conformant aux indications du devis des échantillons ; mais il donne lieu à quelques observations en ce qui concerne les plaques de tourelle, la râblure des plaques de ceinture et le profil de ces mêmes plaques. Il paru convenable de limiter à 13 ou 14 tonneaux le poids maximum des plaques de la ceinture et de la tourelle mobile (le devis ne porte aucune indication à cet égard). Pour la tourelle fixe, les indications contenues dans le devis ont conduit à deux plaques de plus de 20 tonneaux. S’il y avait quelque difficulté à obtenir des plaques de ce poids, on pourrait sans grand inconvénient, admettre une distribution en quatre plaques avec écarts placés à 45° du plan longitudinal, ou en trois plaques avec un écart à l’AR. La plaque de sabord de la tourelle mobile doit être, d’après le devis, en une seule pièce et avoir la plus grande largeur possible ; en se rapportant aux renseignements renfermés dans la dépêche ministérielle du 21 octobre 1881 relative au « Furieux », on a cru devoir limiter cette largeur à 3 m, la hauteur étant de 3,32.
La cuirasse porte une râblure ; mais il semblerait avantageux de la supprimer en envoyant jusqu’au bordé extérieur la tôle supérieure du pont cuirassé ; cela permettrait de river cette tôle avec la cornière A et de faire l’étanche le long de cette cornière indépendamment du matage qui pourrait être fait en B. Le devis et les plans s’accordent pour indiquer que le can inférieur est parallèle au pont et que ces canonnières ont beaucoup de rentrée, la cuirasse ne pourrait être mise en place après achèvement complet du bâtiment ; il faudra donc procéder comme suit dans la construction : Les œuvres mortes étant terminées, on mettra en place les deux virures inférieures de la cuirasse de pont et on les rivera avec les pannes horizontales des cornières qui courent le long du can supérieur du bordé sous cuirasse ; les œuvres légères seront construites dans une position surélevée ; puis on procèdera à la mise en place du matelas, de la ceinture et de la tôle supérieure du pont ; enfin on amènera les œuvres légères à reposer sur celle-ci ; mais cette tôle de pont ne pourra être tenue sur les tôles inférieures que par des prisonniers dans toute la partie comprise au-dessus du matelas de cuirasse.
Une légère modification dans le profil des plaques, consistant à rendre le can inférieur parallèle au pont, permettrait de les mettre en place après l’acheminement complet de la construction et par suite de river la tôle supérieure du pont avec la cornière extérieure placée sous le matelas ainsi qu’avec la cornière A (si la suppression de la râblure était adoptée).
En conséquence, les modifications demandées seraient des suivantes :
Suppression de la râblure pour la cuirasse et prolongement de la tôle supérieure du pont jusqu’au bordé extérieur. Modification du can inférieur, ayant pour but de permettre la mise en place de la cuirasse après achèvement complet de la construction. Division en trois ou en quatre plaques de la cuirasse destinée à la tourelle fixe.
Cherbourg, le 5 Février 1883.
Le S. Ingénieur de la Marine.
Signé : DE Frescheville
Réponse de l’Ingénieur de la Marine : Mr Lucas
D’après le devis d’échantillons des matériaux des canonnières de 1ère classe, les cuirasses de ces bâtiments seront du système compound, dans le cas où les expériences qui doivent se faire à Gàvres démontrent la supériorité de ce système de blindage. Les dimensions et les poids des plaques qui résultent de la distribution proposée par Mr de Frescheville seront (si l’on accepte la division de la partie fixe de la tour en en 3 ou 4 plaques ou bien de 2) sensiblement les mêmes que ceux qui ont été acceptés pour le « Vauban » par une des usines qui ont entrepris en France la fabrication des blindages système Cammel. Ces dimensions et ces poids paraissent donc convenables.
La suppression de la feuillure destinée à recevoir la tôle de 20 mm de la couche supérieure de la cuirasse de pont serait une utile simplification. Cette tôle étant prolongée, comme le propose Mr de Frescheville, jusqu’à l’arête extérieure de la cuirasse de ceinture relierait à celle-ci la cuirasse du pont, condition imposée par les plans et les devis de ses bâtiments. Mais la complète indépendance de ces deux cuirasses paraitrait préférable ; ce principe du reste à été approuvé pour les canonnières de 2ème classe, et il serait à désirer qu’il fût appliqué aux canonnières de 1ère.
En tous cas il serait avantageux, pour la facilité du travail de modifier légèrement le can inférieur des plaques de ceinture et par suite l’inclinaison de la lisse tablette. Les trois plaques de l’AR constituent des pièces de forge difficile à exécuter, à cause des formes très fuyantes de cet AR. On peut remarquer de plus qu’avec de telles formes un projectile, arrivant à peu près parallèlement ou longitudinal sous une faible inclinaison et à peu de distance de la flottaison serait naturellement guidé par le blindage, après avoir ricoché sur celui-ci, sur les hélices et les gouvernails. On remédierait à cet inconvénient en modifiant la forme de l’AR et en remplaçant la cuirasse fuyante à épaisseur décroissante par une cuirasse verticale d’une hauteur égale à la projection de la première et d’une épaisseur constante égale à 0.20 m. Il résulterait de cette modification une légère économie de poids, et la protection de l’AR serait mieux assurée, à notre avis.
En ce qui concerne le boulonnage et le clavetage de la cuirasse, le plan proposé est conforme aux indications du devis. Il y a lieu de faire observer que le nombre des boulons est plus grand, que le diamètre est plus petit, mais que leur section totale est moindre qu’il ne résulterait des règles données par Mr Godron dans le Mémorial du Génie Maritime.
Signé : Lucas
1.4 OEUVRES LEGERES
La charpente des œuvres légères est constituée par des membrures rapportées sur le pont blindé. Leur espacement est de 1,20 m, sauf du couple 19 au couple 17 et du couple 7 à l’avant ou leur espacement est de 0,60 m. Ces membrures s’arrêtent à la gouttière du pont des gaillards. Le bordé des œuvres légères est à franc bord avec couvre-joints intérieur. Il est forme de trois virures dans toute la partie arrière du bâtiment ou il forme pavois. Dans la partie avant, il s’arrête au livet du pont des gaillards et n’est plus compose que de deux virures. Le pont blindé est garni en abord sur tout son pourtour d’un cofferdam de 0,60 m de hauteur et de 0,90 m de largeur moyenne, destiné à être rempli de cellulose obturante. Ce cofferdam est étanche et est formé de tôle de 3 mm et de cornières de 40x5. Au-dessus du cofferdam règnent, sur une hauteur de 35 cm, deux conduits destinés à la ventilation des compartiments de la cale. Des tuyaux d’un diamètre de 10 cm relient à ces conduits chaque compartiment à ventiler.

Boulons (Archives de Vincennes)
Les plans des formes et devis des canonnières cuirassées de 1er classe indiquent pour le pont des gaillards un bordé en pitchpin de 40 mm d’épaisseur; ce bordé repose sur des barrots en U de 120 x 65 x 8 espacés de 1.20 m et des lattes en bois de 50 x 50 mm placées à raison d’une par intervalle de barrots. Malgré le peu d’écartement des supports (49 cm de clair entre les lattes et un barrot consécutif), il parait difficile de faire dans une épaisseur de 40 mm un calfatage susceptible de durer quelques temps. De plus, il convient de prévoir l’usure du bordé qui peut atteindre 15 à 20 mm en une campagne; lorsque son épaisseur aura été ainsi réduite à 25 ou 20 mm, il n’offrira plus une solidité suffisante et il faudra renoncer à le calfater. Par suite il semble utile de porter l’épaisseur du bordé de pont de l’Achéron de 40 à 60 mm, mais comme il en résultera une surcharge de 4,5 à 5 tonneaux, nous demandons à y être spécialement autorisés. Cherbourg le 04 novembre 1884.
Vu le surpoids occasionné le pont des gaillards sera bordé en pitchpin de 4 cm d’épaisseur, de l’arrière, au masque de l’avant. Depuis ce masque jusqu’à l’avant, il est bordé en tôle. Le bordé en tôle se prolonge sur l’arrière sous le bordé en bois jusqu’au couple 16, de manière à former le fond des bastingages et à offrir un appui aux abouts avant du bordé en bois. Comme indique plus haut, dans toute la partie arrière, le bordé des œuvres mortes s’arrête à 1,04 m au-dessus du livet du pont des gaillards et forme pavois. Il est garni à son Can supérieur de deux cornières de 50x50x5 qui supportent une lisse d’appui en chêne de 160x60 mm. Le pavois est remplacé par un garde-corps à rabattre. Les pavois sont appuyés par des jambettes en cornières de 60x60x6 recourbées au pied de manière à fournir une branche d’attache avec les gouttières en laissant en abord un anguiller. Le pied est renforce par un gousset en tôle de 5mm convenablement évidé. L’écartement des jambettes est de 0,60 m. En approchant de la sur l’arrière, le pavois prend l’épaisseur de 7 mm qu’il conserve jusqu’à la tour. Il se relève par un congé de grand rayon jusqu’à la hauteur de 2,450 m au-dessus du livet du pont des gaillards et conserve cette hauteur jusqu’à la tour. Sur l’avant des corneaux de l’équipage, il se replie pour former une ligne parallèle à la ligne de tir en retraite extrême du canon de 27, (c’est à dire en formant un angle de 45 degrés avec le plan diamétral).
A 0,60 m de celle-ci, il s’arrête au surbaux du panneau de la tour. Son Can supérieur est bordé de deux cornières de 75x75x8. Le pied du masque est fixé au bordé en tôle du pont des gaillards par une cornière identique placée vers l’avant. Sur l’arrière de la passerelle, la partie surélevée des pavois est percée de chaque bord d’une porte pour la coupée. Par le travers de la passerelle, elle est percée d’une large ouverture pour donner accès dans la demi tourelle des canons de 10 cm. Le masque est percé de chaque bord d’une ouverture avec porte pour donner accès sur l’avant du navire. Ces ouvertures sont bordées de cornières de 75x75x8. Les corneaux de l’équipage sont placés de chaque bord sur l’avant de la passerelle. Des hublots sont placés dans le bordé qui forme cloison extérieure. Les portes des corneaux sont à jour dans leur partie supérieure. La passerelle est bordée en tek de 4 cm d’épaisseur. Une cabine en menuiserie pour les cartes et un abri du commandant sont emménagés à l’arrière de la passerelle. Cet abri est circulaire et d’un diamètre de 2,40 m. Il est formé de tôles de 10 mm, d’une hauteur de 1,40 m et recouvert d’un toit circulaire, en tôle de 4 mm, qui lui est relie par des cornières de 50x50x6. L’abri est à moitié en saillie sur l’avant de la passerelle. Son fond est formé par une tôle de 5 mm rivée sur les deux barrots de l’avant et sur une hiloire demi-circulaire placée en dehors et supportée par deux épontilles de 80 mm. Il est recouvert d’un caillebotis en bois. La tôle de l’abri est reliée au fond par une cornière de 75x8 et bordée à sa partie supérieure par un fer demi rond de 20 mm. La passerelle est entourée d’un garde-corps et porté à chacune de ses extrémités un poste pour canon léger à tir rapide.
Les masques de chaque bord sont réunis à leur extrémité avant par le coffre de bastingage qui est en arc de cercle concentrique à la tour et profile le surbau qui en borde le panneau. Sous la passerelle, il existe, de chaque bord, en saillie sur les pavois une plate-forme pour canon de 10 cm. Le fond de ces plate formes, leur pavois et le cul de lampe qui en garnit le dessous sont formés de tôles de 8 mm. Le panneau de la tour est bordé d’un surbau en tôle de 0,40 m de hauteur et 8 mm d’épaisseur garnis au pied et à la tête de cornières de 75x8 . Les surbaux d’écoutilles du pont des gaillards sont en tek; ils ont 10 cm d’épaisseur et 25 cm de hauteur au-dessus du bordé du pont. L’ouverture des panneaux est garnie entre les barrots d’entremises identiques aux barrots.
Entre les coffrages des deux bords est établie à l’avant du pont blindé une gatte en tôle de 8 mm et de 60 cm de hauteur, bordée à son can supérieur par deux fer demi ronds et fixée par son pied sur le pont par deux cornières de 75x8 ; elle est rattachée de chaque bord aux coffrages par deux cornières de 50x5. Par définition, la gatte est un caisson ouvert ou sont lovées les chaînes d’ancres ; par extension on utilise toutefois ce mot pour tout endroit ou une cloison verticale crée une séparation de faible hauteur sur un pont, comme certaines gouttières en abord. Ici, il s’agit, à n’en pas douter, de la signification première du terme.
1.5 MATURE
Sur l'avant de la passerelle, il existe un mat de signaux qui a son emplanture sur le pont des gaillards et traverse en son milieu l’abri du commandant dont le plancher lui sert d’étambrai. Ce mat est en pin ; il a un diamètre de 0,30 m au fort et une hauteur de 16 m au-dessus du pont des gaillards. Il porte, à 12 m au-dessus de ce pont une petite hune légère servant à l’observation. Un support existe au-dessus du mat pour l’installation éventuelle d’un canon revolver de 37 mm. Ce mat sera ultérieurement remplacé par un mat en tôle d’une hauteur de 12,88 m avec la hune à 12 m de hauteur. Ce mat était surmonté par un mat en pin de 8,05 m dont le sommet se trouvait ainsi à 18 m au-dessus du pont des gaillards.
1.6 GOUVERNAILS
Le bâtiment est muni de deux gouvernails placés derrière chaque hélice. Ces gouvernails ont chacun une surface de 4.950 m² et sont compensés à 0.33 m. Les plans ci-dessous montrent en détail les mèches des gouvernails et la mèche intermédiaire.
Les gouvernails de l’ACHERON n’ont que 2.800 m de haut, en membrure de 175 x 80 x7.5, et d’une épaisseur de 6 mm2.
Plans du local barre (Archives de Vincennes)
La compensation d’un gouvernail consiste à répartir la surface de part et d’autre de l’axe de rotation. Cette disposition a pour but de réduire les efforts exercés lors de la manœuvre de ce gouvernail en équilibrant dans une certaine mesure les forces de pression qui s’exercent sur la surface. Une compensation de 0.33 signifie donc que 33% de cette surface se situe en avant de l’axe de la mèche.
| Description | Dimension |
|---|---|
| Surface | 4.950 m |
| Rapport | 0.024 |
| Coefficient de compensation | 0.333 |
| Distance du centre de gravité à la perpendiculaire milieu | 0.358 m |
Une chaîne Galle passant sur des pignons de 60 cm de diamètre, réunit les deux mèches à une mèche intermédiaire portant la barre de rechange et le frein. Pour une des toutes premières fois dans la marine de guerre Française, ces gouvernails peuvent être manœuvrés par un servomoteur (à vapeur) placé sous le pont blindé ou, en cas de défaillance de celui-ci, par une roue à bras à deux plans installée sur le pont des gaillards. Le poste de commande pour le servomoteur se situe dans l’abri du commandant sur la passerelle.
Série DD/8DD1 note relative aux rivets en fer en date du 31 mai 1883.
Série DD/8DD1 note relative au gouvernail en date du 14 juin 1884.
2 LES CANONNIERES TYPE ACHERON
Vue du travers Tribord.© Cliché Musée national de la Marine. Vue du profil tribord.© Cliché Musée national de la Marine. Vue du 3/4 arrière bâbord.© Cliché Musée national de la Marine.
2.1 INTRODUCTION
Nous avons vu qu’un programme de 1882 avait prévu la construction de huit canonnières cuirassées dont quatre de première classe et quatre de seconde classe. Nous étudierons tout d’abord celles de première classe en faisant remarquer que, bien que construites toutes les quatre à l’arsenal de Cherbourg sur les plans de l’ingénieur Chaudoye, elles présentent néanmoins des différences dans les dimensions de leurs coques. En fait, deux possédaient une coque d’un déplacement de 1639 tonnes pour une longueur de 55,59 m hors tout (l’Achéron et le Cocyte) et deux avaient une coque sensiblement agrandie déplaçant 1789 tonnes et d’une longueur hors tout de 59,22 m (le Styx et le Phlégéton). On peut s’étonner de ces différences, mais la standardisation à cette époque n’était pas le principal souci des constructeurs. Les plans des deux dernières avaient été revus par l’ingénieur de Frescheville, et indépendamment de cela, il faut plus probablement trouver la justification de la différence dans le fait qu’elles disposaient d’une pièce de 14 cm au lieu des pièces de 10 cm pour les deux premières. Toutefois, dans les devis de campagne des divers commandants, on ne trouve nulle part trace de la moindre remarque qui pourrait laisser supposer que les unes étaient supérieures aux autres. Les machines, par contre, étaient rigoureusement identiques sur les quatre unités comme nous aurons l’occasion de le voir. Nous nous attacherons plus particulièrement à l’Achéron dont nous publierons les plans.
Vue du travers tribord.© Cliché Musée national de la Marine et Vue du 3/4 arrière tribord.© Cliché Musée national de la Marine.
2.2 GENERALITES
Le 30 octobre 1882, un rapport au ministre (il s’agissait du vice-amiral Jauréguiberry qui fut ministre de la marine du 4/02/1879 au 23/09/1880 et du 30/01/1882 au 21/02/1883) soumettait à sa signature le plan des formes et le devis des poids et des échantillons d’une canonnière de 1ère classe et précisait : Ce projet a été très étudié par l’ingénieur Chaudoye et paraît réaliser de la façon la plus heureuse les desiderata du ministre, sous les différents rapports de la vitesse, de l’armement en artillerie et de la puissance défensive (cuirassement vertical de la carène, horizontal du pont, vertical et horizontal de la tour tournante). La décision a été prise de construire quatre canonnières de ce type. Le port de Cherbourg qui doit les réaliser attend avec impatience le plan des formes et le devis d’échantillon afin de pouvoir passer les commandes de matériel nécessaire et de commencer le tracé… Le nombre de journées dépenser en 1883 sur l’ACHERON ont étaient de 35.000, elles ont permis de construire entièrement les membrures de la carène.
2.3 BLINDAGES
Devis de blindage du 16 novembre 1882 pour modifications à apporter aux dimensions des tôles à commander pour le blindage des ponts de la canonnière cuirassée ACHERON.
| Tôles de 15 mm | 5.40 m x 1.38 m |
| Tôles de 20 mm | 3.40 m x 1.38 m |
Le 18 mai 1883 la firme Schneider, qui était à l’époque un des fournisseurs possible pour les blindages, sollicitait en ces termes l’intérêt de la Marine :Nous avons l’honneur de demander à être appelé à concourir à la fourniture des plaques de blindage nécessaires au cuirassement des canonnières des divers types en construction dans divers ports. Les progrès de notre fabrication à la suite de nos constantes études de la spécialité du blindage et l’expérience résultant de nos tirs successifs déjà nombreux ont démontré que sous des épaisseurs faibles, pouvant aller en décroissant jusqu’à celles qui correspondent aux cuirasses de pont, la propriété défensive de nos plaques en acier se maintient dans tous les cas, comme cela a été établi pour les plaques de forte épaisseur. Les essais officiels qui ont eu lieu a l’occasion de nos fournitures à l’étranger de plaques de pont de 60 et 90 mm et de plaques de tourelles de 200 mm, des expériences comparatives et notamment celles effectuées récemment au Danemark où nos plaques de 50 et 100 mm ont été classées au premier rang, des essais multiples au canon pratiqués à notre polygone à diverses époques sur plaques de 200 mm, ont mis en évidence les résultats favorables de résistance que présentent nos plaques en diverses épaisseurs. Il faut savoir que la polémique faisait rage à cette époque entre les partisans des plaques en acier et ceux des plaques mixtes ou compound. Dans une note datée du 11 juin, et adressée à la Direction du Matériel, l’Ingénieur Marielle, devait exprimer à ce sujet l’avis suivant : Dans une note datée du 1er décembre 1882, j’ai exprimé l’avis que pour les blindages relativement minces des canonnières en construction, les plaques du système compound me semblaient devoir être préférées aux plaques en acier.
Une dépêche du 7 décembre a spécifié que les blindages des canonnières type Flamme seraient exécutés dans le système compound. Une seconde dépêche du 8 décembre m’a fait savoir que le choix de la plaque compound ne devra être maintenu par la commission que si ce système lui parait présenter des garanties de bonne fabrication et si, en outre, on peut compter que la livraison en sera faite dans un délai peu éloigné.
Pour les canonnières type Achéron, une dépêche du 8 mai 1883 charge la Commission du Grand Outillage de traiter pour le blindage dans le système compound. Avant de répondre à la note du 23 mai, j’ai demande à MM. Schneider et Cie s’ils avaient de nouveaux renseignements à produire sur les plaques d’acier de 15 à 25 cm d’épaisseur. Ces Messieurs m’ont communiqué les résultats d’un essai effectué le 14 juin 1880 sur une plaque d’acier de 185 mm d’épaisseur destinée au navire danois Tordenskjold. La plaque a reçu trois projectiles de 16 cm (canon français) auxquels elle a bien résisté ; un, quatrième coup du même canon l’a séparée en six morceaux. Cette plaque a donc résistée, eu réalité, aux conditions de recette de la Marine Française, mais elle reste très inférieure a une plaque de Mr Camell de 27 cm d’épaisseur essayée en janvier et mai 1882, laquelle après le 3eme coup de 9 pouces (23 cm) dont le résultat a entraîné l’admission en recette, a pu recevoir encore 4 coups de canon de 10 pouces (25 cm) sans avoir de fentes traversant toute son épaisseur, en sorte que après 7 coups, elle eut encore mieux protégé le navire que la plaque précédente après coups. Les renseignements communiqués par l’usine du Creusot ne sont pas de nature à faire modifier ma manière de voir et, jusqu’à ce que de nouveaux faits aient démontré que l’on peut couramment fabriquer des plaques d’acier de 20 à 25 cm d’épaisseur non fragiles, je crois devoir persister dans l’avis émis précédemment que pour les cuirasses, la plaque mixte (ou plaque compound) convient mieux que celle d’acier.
Toutefois, comme la dépêche du 8 décembre 1882 semble admettre, du moins éventuellement, que l’on emploie l’acier pour la fourniture des plaques des canonnières du type "Flamme", il me paraîtrait difficile, dans ce cas, de ne pas appeler également les fabricants de ce genre de plaques pour le blindage des canonnières type Achéron. Le dernier paragraphe de la note de MM. Schneider et Cie est relatif à la fabrication de plaques de pont. Pour le moment, le Creusot ne peut proposer comme plaque de pont que des plaques en acier fabriquées au pilon. Or, ce genre de plaque a été essayé à Gavres et la commission a reconnu qu’elles étaient inférieures aux plaques de fer pour la protection des ponts.
MM. Schneider et Cie se proposent de monter au Creusot un laminoir à blindage avec lequel ils pourraient réaliser des plaques de pont en acier laminé ou en fer. Quand ce nouvel outillage sera installé, il y aura lieu d’essayer les plaques produites par cette usine...Cette technique des plaques en acier, malgré les réticences plus ou moins justifiées de l’ingénieur Marielle, allait toutefois s’imposer définitivement comme la meilleure solution, et Schneider allait devenir, dans ce domaine, un des plus grand spécialiste à l’échelle mondiale. En ce qui concerne plus particulièrement les plaques des canonnières qui nous intéressent aujourd’hui, signalons encore que la firme Schneider interviendra une nouvelle fois, par une note au ministre datée du 12 juillet 1883 qui sera sans effets puisque l’ingénieur Marielle répondra le l8 du même mois.
Ce dossier ne contient aucun fait nouveau de nature à modifier l’avis émis dans les notes du 1er décembre 1882 et 11 juin 1883, à savoir que pour ce qui concerne les canonnières cuirassées type Achéron, il y a lieu de préférer les plaques compound à celles en acier. Ces plaques seront peu après commandées à la société des Forges de Châtillon et Commentry et elles seront admises en recette le 22 janvier 1884 avec la mention « satisfaisante».
2.4 ARTILLERIE PRINCIPALE
En ce qui concerne la tourelle de l’artillerie principale, les Forges et Chantiers de la Méditerranée remettront le 26 juin 1883 une proposition pour la fourniture de l’affût hydraulique des tourelles des 4 canonnières en précisant à ce sujet :
L’affût repose sur un châssis mobile pivotant à l’avant pour réduire à la dimension minimum le sabord. Les deux cylindres hydrauliques qui amortissent le recul sont placés de chaque coté de l’affût dans un plan passant par l’axe des tourillons et parallèle au châssis, évitant ainsi tout couple de renversement. L’affût proprement dit se compose de deux flasques qui portent les paliers recevant les tourillons du canon et qui embrassent les longrines sur lesquelles il glisse ; les flasques sont reliées par une cloison armée de nervures. A l’arrière de l’affût, un demi collier relie la culasse du canon à l’affût. Les cylindres de frein hydraulique sont fixés latéralement sur chaque flasque de l’affût; un 3ème cylindre destiné à ramener l’affût en batterie après le recul est fixe sous l’affût. Les deux longrines portent l’affût auquel elles servent de glissières; elles sont reliées entre elles au milieu par une traverse qui porte l’attache de la bielle de l’appareil hydraulique de pointage en hauteur. Cette traverse est munie de deux bras servant à guider le châssis dans le mouvement de pointage en hauteur et en empêchant tout mouvement latéral. Les bras sont ajustés à frottement doux dans deux coussinets en bronze fixés sur les cloisons latérales de la fosse dans laquelle se meut l’affût.
A l’avant, les longrines sont reliées par une entretoise sur laquelle sont ménagées les joues intérieures de l’articulation de ces longrines sur le support fixe ; les pièces d’attache des pistons hydrauliques sont rivées aux longrines et aux joues de l’entretoise, ces pièces forment les joues extérieures de l’articulation. Une entretoise relie les longrines à l’arrière; c’est sur cette entretoise que se fixe la tige du piston de l’appareil de remise en batterie.
Ainsi constitue, l’ensemble des deux longrines, de la traverse et des deux entretoises forme un châssis solide, et ne pouvant recevoir qu’un mouvement angulaire pour le pointage en hauteur. Un support dont les parois sont renforcées par des nervures, est relie aux tôles de la muraille et à la plate forme, il porte de chaque coté de fortes oreilles pour l’articulation du châssis. C’est ce support qui reçoit tout l’effort du recul, effort dont le sens reste parallèle à l’axe de la pièce, sans produire de percussion sur le pont. La tourelle comportait un seul canon de 27 cm qui était blindée, comme la ceinture, de plaques mixtes de 200 mm d’épaisseur. Ces plaques seront également fournies par Châtillon et Commentry et seront réceptionnées le 21 septembre 1885 avec la mention « passable ». La réalisation finale s’écartera légèrement de ce projet, dans la mesure ou le canon sera dépourvu de tourillons ; un berceau recevant la pièce servira de liaison entre celle-ci et l’organe de pivotement pour le pointage en hauteur. Cette pièce, d’un calibre de 274,4 mm était du modèle l88l et d’une longueur de 25 calibres. Le calibre désigne le diamètre intérieur du canon, il faut distinguer d'une part:
le calibre nominal qui sert à distinguer une arme ou une munition, dans le cas de l'Achéron 274.4 mm et exprimé, soit en millimètres, soit en fractions de pouces.
Le calibre exact qui peut être mesuré de 3 manières différentes:
- Le diamètre intérieur du canon mesuré sur le plat des rayures,
- Le diamètre intérieur du canon mesuré au fond des rayures,
- Le diamètre du projectile.
Dès l'apparition du canon, bons nombres de tentatives de chargement par la culasse eurent lieu pour obturer l'arrière d'un canon. La solution la plus simple consistait à y visser un bouchon d'acier. Si l'accès et la forme du filetage rendaient le bouchon facilement amovible, il était alors possible de charger l'arme par l'arrière, ce qui a résolu du même coup les problèmes de forcement de projectile et facilité l'approvisionnement du canon. Par contre, visser et dévisser une culasse d'acier, nécessitait un certain temps et empêchait un chargement rapide. La difficulté a été résolue par l'invention de la vis à filets interrompus dont le serrage peut être assuré sur une fraction de tour).
Elle pouvait être chargée dans n’importe quelle position de la tourelle, mais exigeait pour que cette opération soit possible, d’être amenée à un angle de pointage de zéro degré. Cette curieuse valeur, comme celles de 164,7 et 138,6, provient de la transposition en mesures métriques du diamètre d’un boulet rond en fonte de fer dont le calibre était exprimé en fonction du poids de ce projectile compte en livres de Paris !
Signalons cependant, pour ceux que la chose intéresserait, que sa conception résultait du travail de l’ingénieur Cauet qui devait réaliser peu après les tourelles du cuirassé Marceau ; les dispositions et le fonctionnement de ces tourelles ont été décrits en détail dans un article publié par ailleurs. Revue « Marines » N°4 relativement au Marceau et N°9 relativement au Neptune.
Bien que les tourelles du Marceau soient de type « barbette «, une évidente filiation existe entre les deux ; nous renverrons donc le lecteur intéressé à cette description. Ajoutons encore cependant que deux tourelles du même type que celles des canonnières qui nous occupent aujourd’hui étaient prévues à l’origine pour l’équipement du cuirassé espagnol Pelayo construit par les Forges et Chantiers de la Méditerranée à la Seyne. Elles seront remplacées, en fin de compte, par des tourelles barbettes de 32 cm directement dérivées de celles du Marceau.
Comme il va de soi pour un bâtiment de déplacement relativement modeste, ou tout était subordonné à l’usage d’une seule grosse pièce d’artillerie le choix d’un type particulier de tourelle devait fatalement entraîner certaines adaptations au niveau de la coque. Les plans définitifs de cette artillerie avaient été fournis par les Forges et Chantiers de la Méditerranée a la date du 5 juillet 1884. Peu après, par une note de l’ingénieur de Frescheville, le port de Cherbourg signalait a ce sujet : Les plans et devis relatifs aux appareils hydrauliques de l’Achéron qui nous ont été transmis par DM du 27 août 1884 ont permis de reprendre les calculs relatifs à l’assiette de cette canonnière. Bien qu’ils ne soient pas entièrement terminés, on peut être dès à présent certain qu’il serait nécessaire de reporter vers l’arrière un poids considérable pour empêcher le bâtiment de tomber sur l’avant.
On sera plus vraisemblablement conduit à reculer de 1,2 m vers l’arrière la tourelle avec ses appareils hydrauliques, ses soutes et les cloisons des compartiments ou elles se trouvent comprises. L’appareil de pompage resterait à son emplacement actuel. Ce changement ne parait pas devoir provoquer une nouvelle étude de l’appareil de propulsion, mais seulement une modification mineure dans les dispositions du tuyautage. Il s’agit bien entendu de la pompe destinée à produire l’eau sous pression pour actionner les diverses presses (on dirait actuellement « vérins ») hydrauliques destinées à la manœuvre de la tourelle.
En sus de cette tourelle, ces canonnières reçurent une artillerie moyenne différente suivant les unités
- Cocyte : deux canons de 10 cm modèle 1881 sur affût de gaillard à pivot central modèle 1884 système Vavasseur.
- Achéron : deux canons comme le Cocyte et un autre du même type à l’arrière.
- Styx et Phlégéton : un canon de 138,6 mm à l’extrême arrière.
En outre, 2 canons de 47 mm à tir rapide étaient installés de part et d’autre à l’extrémité de la passerelle et 4 canons revolver de 37 mm dans la mature. La situation de l’artillerie secondaire qui figure sur le plan des emménagements qui sera publie dans le prochain chapitre, ne représente que les deux canons de 100 qui se situent, comme sur le Cocyte, de part et d’autre, légèrement sur l’avant de la cheminée, ainsi que certains canons revolver. Nous verrons ce qu’il faut penser de cela, la disposition de ces canons revolver était très variable et il n’y a pas lieu de s’y attarder outre mesure.
Nous donnerons dans un prochain chapitre les caractéristiques détaillées de ces pièces et de leurs affûts. Signalons encore que cette artillerie secondaire sera modifiée plusieurs fois au cours de la vie de ces bâtiments.
Les calculs de poids et d’assiette effectués pour la canonnière cuirassée ACHERON ont conduit aux résultats suivants. Note relative à l’assiette des canonnières en date du 31 octobre 18841.
| Poids | Moment | Distance du centre de gravité | |
| Coque matelassée | 650 T | 16757 | 25.78 |
| Cuirasse et boulons | 545 T | 15642 | 28.70 |
| Exposant de charge | 467 T | 11862 | 25.40 |
| Bâtiment armé de 72 T de charbon | 1662 T | 44261 | 26.63 |
Le centre de carène du bâtiment au déplacement de 1662 tonnes est à 28.180 m en avant de la perpendiculaire arrière, soit à 0.45 m sur l’arrière du centre de gravité. Pour amener la différence de tirant d’eau à être nulle, il faut donc gagner 1662 x 0.45 = 747.9 tonnes sur l’arrière, soit en chiffres rond 750 tonneaux mètres. Le déplacement de la tourelle et de ses accessoires, permet de reporter de 1.20 m sur l’arrière un poids de 334 tonnes, ce qui donne 400 tonneaux mètres. En évaluant à 8 tonneaux la surcharge qui résultera de l’installation d’un canon de 10 mm sur l’arrière et les consolidations correspondantes, on pourra encore gagner 8 x 25 = 200 tonneaux mètres. Les modifications prévues ne permettent donc de gagner que 600 tonneaux mètres, et il est nécessaire d’en chercher par ailleurs 150. Dans ce but, on peu faire participer la passerelle, les demi tourelles, les cuisines, les échelles etc. au déplacement de 1.20 m subit par la tourelle mobile, ce qui fournit encore 25 tonneaux mètres ; en reculant de 25 m les tonneaux d’eau douce et caisses à eau placées à l’extrême avant du faux-pont, on achèvera de ramener le bâtiment dans les lignes d’eau du plan.
Le tableau suivant résume les changements proposés.
| Poids | Distance parcourue | Tonneaux mètres | |
| Tourelle, canon, soute | 334 | 1.20 | 400 |
| Passerelle, demi tourelle | 20 | 1.20 | 25 |
| Canon de 10mm et soute | 8 | 25 | 200 |
| Caisses à eau | 5 | 25 | 125 |
| Total | 750 |
Série DD sous-série 8DD1 conservée à Vincennes.
3 PLANS ET PEINTURES
3.1 PLANS
(Luc Feron MRB n°348 et 349)
Les plans des formes est des emménagements ci-dessus ne sont pas tirés d’un atlas de coque ; ceux-ci n’existaient pas encore a cette époque. Ce sont les seuls plans disponibles toutefois et ils correspondent aux caractéristiques du bâtiment tel que décrit dans le devis des échantillons. Par rapport a la réalisation finale de l’Achéron et surtout du Cocyte, on peut affirmer qu’ils sont exacts a 95%. Les principales différences se situent au niveau de l’artillerie moyenne et légère puisqu’ils figurent deux canons de 100 seulement, alors que l’Achéron en possédait trois et ne représentent aucun canon de 47 mm a tir rapide alors que ces bâtiments disposaient de deux de ces pièces établies sur l’arrière de la passerelle a peu près a hauteur de la cheminée, une de chaque bord. Pour compenser cette lacune nous donnons toutefois ci-dessus un plan daté du 8 décembre 1889 qui représente de façon schématique la disposition de l’artillerie légère. Quant aux canons revolver, au nombre de quatre, ils disposaient de sept postes différents, permettant ainsi leur installation au mieux des nécessités du combat. Ces postes se situaient : deux sur le couronnement arrière, de chaque bord sur support en bronze ; deux sur l’avant de la passerelle établis sur deux supports en tôle avec collier, un de chaque bord ; deux sur la couverture de la tourelle, également sur support en tôle avec collier, un de chaque bord ; un dans la hune sur un support formé par une crapaudine en bronze fixée sur la tête du mât.
Nonobstant ces quelques différences qu’il est facile de corriger, nous pouvons affirmer que ces plans correspondent bien à la réalisation, tout au moins pour l’Achéron et le Cocyte, puisque nous avons vu que le Styx et le Phlégéton avaient une coque agrandie dont les plans authentiques ne nous sont pas actuellement connus. Pour mémoire, dans la mythologie grecque, l’Achéron et ses affluents le Styx, le Cocyte et le Phlégéton étaient le passage obligé pour les âmes des défunts que le nocher Charon faisait traverser pour rejoindre l’autre monde.
(Luc Feron MRB n°347 et 348)
On peut, à juste titre, s’étonner quelque peu du choix de tels noms pour patronymes de bâtiments de guerre, mais ces noms avaient déjà été utilisés par le passé pour des corsaires, bombardes, brûlots et autres canonnières. Celui d’Achéron sera même repris par un sous-marin de 1.500 tonnes du programme de 1927.
3.2 PEINTURES DE LA COQUE
La peinture des bâtiments de guerre cuirassés français de 1870 - 1890. D’ordre général nous ne somme pas dans une période de fantaisie ! Le noir domine pour la coque et le blanc pour les superstructures, avec quelques pointes de chamois. Les cheminées étaient peintes en noir ou chamois. Aucune généralisation ne peut être faite, sinon que les bâtiments du ponant étaient plutôt peints en noir, et que ceux qui étaient affectés aux stations lointaines de l’Extrême-Orient étaient peints en blanc. Dans l’industrie des colorants, l’arsenic sert dans la fabrication de certains colorants minéraux comme le vert de Schweinfurth ( Acéto-arséniate de cuivre), dont voici la composition;
- Huile de lin :20%
- Savon de plomb : 15%
- Térébenthine : 20%
- Colophane : 20%
- Acéto-arséniate de cuivre : 15% (ce qui donnait cette teinte verte, aigue marine)
- Savon de Marseille : 15%
Ci-joint un devis d’armement en date du 14 février 1901 vous donnant les surface à peindre en en m²)
| Surface au dessous de la flottaison en charge | verte 88 |
| Surface au dessus de la flottaison en charge | noire 650 |
| blanche 150 | |
| ocre 320 | |
| Surface de la mature | ocre 140 |
| Surface des embarcations | noire 36 |
| blanche 145 | |
| ocre 67 | |
| Superficie à entretenir au minimum | 347 |


